Catalogue MATIERE & LUMIERE – Gérald Portenart
A travers une pratique de sculpture photographique, Gérald Portenart explore les conditions d’apparition de l’image.
L’exposition ne cherche pas à montrer, mais à déplacer le regard. Elle invite à ralentir, à entrer dans une zone de perception où les repères se trouvent et où l’image devient une expérience sensorielle.
Dans cet espace, le visible se fragilise au profit du ressenti. Les oeuvres agissent comme des seuils : elles ouvrent des passages entre présence et disparition, entre perception et projection.
L’enjeu est simple : redonner à l’image une capacité d’expérience. Faire en sorte qu’elle ne soit plus seulement regardée mais traversée.
Mon travail prend appui sur une tentative simple : déplacer l’expérience de l’image.
Je ne cherche pas à produire une photographie comme surface lisible ou descriptive, mais à construire des situations perceptives. Des images qui ne se donnent pas immédiatement, qui demandent un temps d’ajustement, une forme de disponibilité du regard.
Fasciné par les nuages, j’utilise la lumière, le flou, la buée et les phénomènes de diffraction comme des matières actives. Ces éléments ne viennent pas altérer l’image : ils en sont la condition. Ils introduisent une instabilité, un trouble qui empêche la fiction et ouvre un espace plus sensoriel.
Ce qui m’intéresse se situe dans cet entre-deux : là où l’image apparaît sans se stabiliser, là où elle échappe tout en restant présente.
Catalogue MATIERE & LUMIERE – Gérald Portenart
Ma pratique s’inscrit dans la continuité d’un travail du geste. Avant la photographie, j’ai exercé comme chef coiffeur dans le 7ème Art pendant 35 ans, une activité que j’ai toujours envisagée comme une forme de sculpture. Travailler la matière, le volume, la lumière, créer des univers, des personnages, entrer en relation avec une présence : cette expérience a profondément structuré mon rapport à la création.
Celle-ci m’a donné envie de passer derrière la caméra et de réaliser des courts métrage et clips à messages :
« L’enfer me ment » (2014)
« On My Way » de Sbu Manaï (2020)
« 13 Attentions » Nikon Film Festival (2023)
« Lâcher prise » Hello Planète Festival (2024)
« Le début de la fin » Nikon Film Festival (2025)
Aujourd’hui je poursuis cette recherche à travers ce que je nomme une sculpture photographique. Il ne s’agit plus de modeler une forme mais de travailler les conditions de son apparition.
Dans un contexte de saturation visuelle, je m’intéresse à des images qui résistent à l’évidence. Des images qui ne cherchent pas à capter l’attention, mais à ralentir la perception, à créer une forme d’écoute.
Ce que je propose n’est pas une lecture, mais une expérience : un passage.
Un passage où le regard glisse, hésite, se perd parfois, et où dans cette instabilité quelque chose peut advenir.
Gérald Portenart